Uniquement « 4h30 » était indiqué sur sa vieille montre quand le signal d'une nouvelle attaque retentit. Comme à chaque fois, il se leva sans réfléchir, pris son arme, mit son casque et se précipita hors de la petite tente qui lui servait d'abris. Au dehors, la neige brouillait déjà l'horizon. Mais les faibles étincelles que crachaient l'arme de l'ennemi se voyaient autant que rouge sur blanc. Nos chaussures ne nous réchauffaient en aucun cas du sol gelé ; Au contraire, elles gardaient encore toutes la boue de la veille dans laquelle nous avions pataugé, essayant d'échapper à la pluie et au froid. Un nouveau signal retentit, le lieutenant donna l'ordre d'attaquer. Lui, plaqué contre la paroi, ne faisait même pas attention au dessus de celle-ci qui s'effondrait peu à peu sur lui, suite aux obus ennemis qui s'écrasaient à quelques mètres devant lui. Personne ne réfléchissait dans ces moments-là, lui non-plus. Et rien de plus que les souvenirs ne traversaient son esprit. L'impression de second « Big Bang » le laissait sans souffle. Seuls les battements de son coeur l'épuisaient, il était incapable de bouger. Ses pieds, encrés dans la boue des tranchées, avaient le même effet sur lui que celui de sables mouvants, il était incapable de bouger. Comme pris par une pulsion étrangère à lui même, il se redressa et tira ses balles, sans pour autant avoir une cible, vers ce qui attirait son regard. Après ça, il se recoucha contre la paroi sur laquelle il était resté pendant 1 heure sans bouger. Il en fit de même pendant l'heure qui suivit. Environ 2 heures plus tard, un signal retentit pour autoriser les soldat à rentrer s'abriter. L'attaque était momentanément terminée. Lui, paraissant réaliser ce qu'il se passait, se retourna vers la tranchée. Il regagna son refuge comme s'il venait d'en sortir, comme si rien ne s'était passé entre-temps. Après quelques minutes, il dormait. Le lendemain, il était mort.